27 au 31 juillet 2026 - journal de stage
Lundi 27
Le temps de faire connaissance. Un tour d'horizon des sources d'inspiration. L'analyse des cinq activités, plus une, qu'implique la tâche d'écrire une nouvelle. Les deux heures n'ont semblé durer que quelques minutes !
La consigne du jour s'appuie sur des proverbes européens à mettre en scène.
Le trio d'excellence
Valérie et Françoise formaient le meilleur duo de la classe. Les fillettes menaient la danse et quand l’une hésitait sur un point, elle demandait une précision dont les deux profitaient.
Quand Patrick arriva en cours d’année, les professeurs et les élèves le jaugèrent : serait-il un cancre de plus, comment se placerait-il dans le lot ? Les deux championnes s’étonnèrent de voir le "petit nouveau" écouter avec attention, sans noter la moindre information. À la récréation, elles le suspectèrent de ne pas s’intéresser au cours. Patrick restitua les explications du professeur et tous ses détails.
— Superbe, comment tu fais ? lui lança Françoise estomaquée par l’exploit.
— Je ne sais pas, avoua l’élève timide. Ça se fait tout seul. Ma mémoire, sans doute…
Patrick retenait aussi bien l’anglais, où Valérie excellait, que le français, domaine préféré de Françoise ; il se souvenait des démonstrations de mathématiques, des faits historiques ou des lieux enseignés en géographie.
— Tu ne poses jamais de questions ! s’étonna une des jeunes filles.
Patrick regardait le sol, comme si la réponse eût traîné par terre :
— Des fois, j’ai envie ; mais j’ose pas… susurra-t-il entre ses lèvres.
Les copines se regardèrent, elles n’avaient jamais entendu une réponse aussi bizarre : se montrer bon élève, tout retenir et ne pas oser interroger !
- C’est à n’y rien comprendre, semblaient-elles se dire.
— Et pourquoi ? demanda Françoise, plus curieuse que sa collègue.
— Pour pas passer pour un fayot, rétorqua le garçon qui répétait ce qu’il avait entendu mille fois dans ses années de bonnes notes.
— Fayot ! s’exclama Valérie. Celui qui pose des questions n’est pas un fayot, c’est plutôt celui qui répond sans comprendre. Croyant faire plaisir au prof !
Et pour appuyer son verdict, elle ajouta :
— Toi, je suis sûre que tu poserais des questions intelligentes qui aideraient tout le monde.
Patrick continuait à surveiller ses chaussures ; la crainte de paraître stupide en interrogeant les maîtres le freinait, mais l’espoir de mieux maîtriser certains sujets le stimulait :
— Tu crois, dit-il d’une voix éteinte, que si je demande des trucs, je passerais pas pour un nul ?
Les deux filles éclatèrent de rire :
— Au contraire, celui qui a peur de poser des questions, c’est comme s’il avait honte d’apprendre. Tandis que toi, tu es doué. Alors vas-y, fonce.
Et le duo de bonnes élèves de la classe se transforma en un trio d’excellence, dont je me souviens encore aujourd’hui.